Alors avec l'expérience, nous arrivons à réaliser des menus qui tiennent à peu près debout. Dans un premier temps, tous les produits sont quasiment frais : viandes, légumes, fruits, laitages. Quelques légumes sont issus des conserves malgré tout. Quant aux féculents, c'est simple et il faut 7 minutes dans l'eau bouillante. Sommes toutes, reste toujours la trace d'une gousse d'ail, d'un peu d'huile d'olive, d'une branche de thym, d'une lichette de vin blanc ou de cognac. Et puis une petite liaison à la crême fraîche, quelques champignons agrémentent toujours une sauce sympa.
Ensuite, nous allons établir un menu en fonction de plusieurs critères : tout d'abord, le programme d'activité (des féculents pour nos motards !), ensuite les produits de saison et la disponibilité des produits. Boucherie du village, marché du bourg, agriculteur local, boulanger perdu au fond d'une rue, tels sont nos fournisseurs. Certes, cela représente moults déplacements et quelques kilomètres ! Mais c'est aussi le monde rural.
Ainsi, cuisiner ensemble des entrées, des desserts et parfois des viandes, n'excluent pas une hygiène de rigueur. Un lave-main est un outil indispensable pour assurer une sérénité alimentaire.
La gestion de mise de table, la desserte, charger ou vider le lave-vaisselle, passer l'aspirateur font aussi partie du quotidien. Et même à 14 personnes sous le même toit, le quotidien se révelent aux yeux des jeunes. "J'ai déjà mis la table à midi !" Ben oui, mais à midi , tu as déjà mangé. Si tes copains ont participé à la peluche des légumes, les autres à la confection du repas, évidemment la mise de table est de ton ressort !
A toi de choisir, mais ce n'est pas l'ouvrage qui va manquer.
Regarde, rien que de préparer un barbecue prend du temps : allumer le feu, préparer les brochettes, faire la marinade des côtes de porc, éplucher les oignons, préparer les tomates, les poivrons, huiler le maïs et j'en passe.
Ainsi va la vie de tous les jours à la Maison Bleue comme dans tous nos séjours d'ailleurs. Et je ne parle pas du temps que tu passes à ranger ta chambre, tes affaires, prendre ta douche et te changer après une activité. Et puis, prendre un petit déjeuner ensemble, entre copains, cela prend du temps aussi, une heure environ. Alors des fois, quand les parents me disent : "mais que font-ils dans une journée ?", j'aime répondre : "rien". Ce sont les vacances et nous n'avons aucun objectif de résultat. Nous prenons le temps de vivre ensemble, à flâner, à lire (et ça, ce n'est pas rien faire !), à parler, à agir pour que tout le monde aie le plaisir de se retrouver autour d'une table authentique. C'est quand même dans notre culture.
Mais vous raconter le bonheur de faire le marché avec Matthieu, pour ne pas le nommer, est quelque chose d'extraordinaire. Nous partons pour acheter du saumon, nous revenons aussi avec des olives de Nyons, de la tapenade, des melons qu'il a choisi lui-même, de l'ail, des abricots et des pêches. 2h30 de balade, de dégustation, de comparaison, de discution parfois, mais en tous les cas, avec des yeux qui brillent de bonheur, de savoir-faire et de fierté d'avoir découvert des produits authentiques, goûteux, frais et locaux. Quand je pense qu'on me demande encore ce qu'ils font dans une journée !
Je ne peux manquer aussi de vous faire découvrir trois garçons investissant ma cuisine afin de préparer des avocats. L'un est au brossage des fruits pour les laver, les deux autres à la préparation de la sauce : miettes de crabe, vinaigrette remontée à l'huile d'olive et au vinaigre de framboise, un ou deux avocats bien mûrs mis en purée, quelques crevettes et une dextérité à toute épreuve. Merci Martin, Tibaut et Alexandre, je suis fier de votre maîtrise et de votre engouement.
"J'aime pas les carottes". C'est très agréable à entendre quand vous avez passé 45 minutes à les éplucher à la main ! Expliquez-moi pourquoi mes 5 kg de légumes ont été engloutis intégralement ? Parce que revenus à l'huile, brassés, associé avec quelques pommes de terre et quelques oignons, bien remontés à la fleur de sel de Guérande, ce plat est fabuleusement goûteux. De plus, accompagnés d'une cuisse de canard confite fait maison, rien ne reste. Et ils en redemandent les bougres ! On termine par un laitière, incontournable, édulcoré au miel de lavande ou à la gelée de framboise ou de groseille faite par la voisine, le bonheur n'est-il pas dans notre pré ?
Laissez-nous prendre le temps de faire les choses, de parler, de manger, de découvrir les bonheurs des produits locaux. Mon seul regret est de n'avoir pas eu le temps d'aller à la chèvrerie afin de déguster ces magnifiques petits ronds de saveurs, frais, crêmeux, couvert d'un filet d'huile d'olive, fondants sous le palais accompagné d'un pain "paillasse", secret de mon boulanger.
Le bonheur est aussi de partager sa table avec des amis. Les miens dans un premier temps mais, après un petit moment d'adaptation, les leurs. Leurs moniteurs de moto ou de quad, leur moniteur de spéléo, le voisin, des jeunes qui passent et ont vécu de grands moments en tant qu'ados à la Maison Bleue. C'est bien de découvrir d'autres personnes, de les écouter, de partager les olives de l'apéritif, de vivre comme à la maison quand les parents reçoivent des amis. Et chacun est attentif à ce que tout soit parfait. Quelle gentillesse, quelle attention aux autres, quelle reconnaissance de s'entendre dire que c'était bon, que les assiettes et les verres partent vides à la plonge, et que le ventre plein, on puisse partager une tisane au salon !
Cette page, je l'écris pour tous les garçons de cette première semaine de juillet 2002, qui m'ont apporté un véritable bien-être, un véritable respect de la table, une participation exemplaire à ces conceptions de repas, à prendre le temps de descendre au marché et sentir les odeurs provençales et découvrir l'ambiance, à cette culture que les parents ont bien voulu prendre le temps de leur inculquer. Il faudra vraiment que nous remettions ça ensemble... rien que pour vivre ce quotidien où on ne fait rien !